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L'Adventus Saxonum

Analyse comparative des écrits de Bède le Vénérable et des connaissances historiques et archéologiques modernes.



Introduction Modifier

Bède, in Histoire ecclésiastique du peuple des Angles (chapitre 15, Livre I) :

"En l'an 449 de l'incarnation de Notre Seigneur, le Peuple des Angles ou des Saxons, invité par le roi Vortigern, aborda en Bretagne avec trois longs vaisseaux (fig.1), et, sur l'ordre du roi, reçut dans l'est de l'île un endroit où habiter, officiellement pour combattre au côté des Bretons, en réalité dans le but de conquérir leur patrie…"

C'est par ces mots que Bède relate l'Adventus Anglorum (ou Saxonum), l'arrivée des premiers germains continentaux en Grande-Bretagne. Ces paroles, considérés comme un formidable témoignage historique, nous montrent une arrivée des Germains qui, s'y elle n'est pas calculée, n'en est pas moins innocente. D'après les hypothèses permises par les découvertes archéologiques, les futurs Anglo-Saxons sont arrivés la première fois en Bretagne bien plus tôt que cela.
Dès le IIIème siècle, des actes de piraterie maritime et côtière sont relatés, du fait des Frisons essentiellement, mais aussi des Francs, Bataves et autres peuples germains de la Mer du Nord. A la fin du IVème siècle, lassés de cela et, également pour combattre sur le front calédonien où sévissent les Pictes, les Romains, alors maîtres de la Bretagne, proposent un foedus aux Saxons, leur attribuant, en échange de leurs services de mercenaires, les rivages est de l'actuelle Angleterre. De ces terres, à l'époque nommées Litus Saxonicum, on a longtemps pensé que leur nom leur venait des agresseurs, de par l'archéologie, il est désormais permis de penser qu'il leur viendrait des peuples engagés pour leur défense. Quand les Romains abandonnent la Bretagne à son sort, à la moitié du Vème siècle, les Saxons, alors bien implantés, appellent du pays leurs familles et alliés, marquant, aux environs de la date citée par Bède, le début de la conquête.

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Fig. 1 : C'est à bord de tels "longs vaisseaux" que les Anglo-Saxons ont accosté en Bretagne

Les migrants Modifier

"Et quand ils firent savoir chez eux la fertilité de l'île et la faiblesse de ses habitants, une flotte bien plus nombreuse arriva, y laissant un nombre considérable de puissants guerriers. Ils étaient issus des trois peuples les plus vaillants de la Germanie, à savoir les Saxons, les Angles et les Jutes (…). On rapporte que leurs premiers chefs étaient Hengist et Horsa."

A l'appel des anciens fédérés, les Saxons continentaux, avec leurs alliés Jutes et Angles, arrivent en masse pour prendre la place, désormais vacante, de maîtres de l'île. A ces peuples, communément admis comme étant les plus nombreux, s'ajoutent les Frisons (cités par Procope le Byzantin au VIème siècle), mais aussi des Francs, Scandinaves et autres éléments venus de Germanie profonde (pour exemple, des Teutons). Longtemps ignorés pour leur place dans cette conquête, l'archéologie et la toponymie ont su leur tailler une place, malheureusement encore trop peu connue du grand public.
On sait de ces peuples qu'ils possédaient tous leur propre langage, mais ils possédaient aussi une langue commune, le Noordseegermanisch, connu de Tacite et Pline l'Ancien sous le nom d'Ingvaeonique[1]. Il reste des traces écrites de cette langue remontant au IIème siècle, en alphabet runique (fig. 2), qui permettait à tous ces Germains de la Mer de se comprendre à fins militaires ou commerciales. Tous ces peuples côtiers partageaient, en outre, un coutumier funéraire d'incinération, suivi du dépôt des cendres dans des urnes en céramique. Fait également notable, les formes et ornementations des urnes étaient également très proches, ce malgré les particularités de ces différents peuples.

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Fig. 2 : Coffre dit "Frank Casket", VIIIème siècle, trouvé à Auzon (France), collection du British Museum. Les gravures de ses différents pans représentent des scènes chrétiennes ET païennes. On trouve également des inscriptions tant latines qu'en vieil anglais, écrites suivant les formes typiques du Noordseegermanisch.

Raisons de la migration Modifier

Du pourquoi de cet exode, on pense qu'il serait du à la deuxième transgression dunkerquienne, hausse sensible du niveau de la mer qui força les habitants des plaines maritimes d'Europe continentale à migrer, leurs conditions de vie sur place étant devenues insupportables. Les fouilles d'habitats ruraux de la première moitié du Vème siècle en Germanie littorale et sublittorale montrent en effet un abandon systématique des lieux, ainsi que des traces de cette montée notable des eaux.
Toujours est-il que face à cette avancée des eaux, ces peuples partent, d'abord en famille, puis par villages entiers, avant de se ruer en masse vers l'Eldorado occidental qu'est la Bretagne, protégée des eaux par sa surélévation par rapport au niveau des eaux. Quand à Hengist et Horsa, il est permis de supposer qu'ils n'aient qu'une existence mythique, en tant que "totems" de cette aventure qu'était la conquête (tous deux ont un nom en rapport avec la rune Eh, puisque Hengist signifie Etalon, et Horsa cheval).

Conquête et domination Modifier

On sait, toujours par les écrits de Bède, quelle furent les régions conquises en premier lieu et surtout, par quelles ethnies. Les recherches les plus récentes n'ont toujours pas, à l'heure actuelle, opposé de démenti majeur, mais seulement quelques retouches et invites à modérer les propos de l'auteur.
Pour leur part, les Jutes ont occupé le Kent, l'île de Wight ainsi que la toute proche côte du Hampshire. Les Saxons ont occupé la vallée de la Tamise et ont fini par occuper une large portion de territoire allant de l'estuaire du fleuve au pays de Galles. Leurs terres d'adoption sont aisément identifiable au suffixe -sex. Quand aux Angles, débarquant par la côte orientale, ils se sont établis par les Fens et la Humber dans l'East Anglia (autour et au nord du site de Sutton Hoo), le Lindsey (autour de Lincoln), la Mercie (en direction des Midlands) et dans le nord de l'actuelle Angleterre, en Northumbrie.
Cette répartition, correspondant aux récits de Bède, n'est que celle des groupes dominants, et n'aurait été effective qu'à partir de la seconde moitié du Vème siècle, voir au début du VIème siècle. Comme mentionné dans la première partie, sous l'autorité des grands chefs Angles, Saxons et Jutes. A mesure de l'installation, se faisant par une série de colonisations le long des côtes, ces autres germains et scandinaves ont fini par être totalement assimilés à l'ethnie qu'ils suivaient.
Il est plus qu'envisageable que les migrants germaniques se soient très vite organisés autour de chefs puissants pour assoir leur autorité sur les peuples autochtones. Bède mentionne qu'il est arrivé aux chefs Anglo-Saxons de rompre les traités de fédération qui les liaient aux Brittoniques. Sous l'autorité de ces chefs, après l'installation ponctuelle le long des côtes, les Germaniques sont remontés en bateau par les vallées pour s'installer plus avant dans les terres. Ils veillèrent, au fil de leur avancée dans le pays, à s'installer en des sites stratégiques, dans les confluences des rivières, sur des hauteurs et dans d'anciens postes romains. Leur avancée s'est faite par saccades, à mesure de leurs victoires, et défaites, face aux celtes. Bien que souvent écrasés par les Germains, il y a eu des mouvements de forte opposition et de résistance dont la Bataille de Badon Hill, où le légendaire Arthur aurait défait les Saxons, est un parfait exemple.

Après une assez longue stabilisation du front de colonisation du sud-est de l'Ecosse au Hampshire, l'expansion reprit de plus belle au milieu du VIème siècle, animée principalement par les Angles en Mercie et Northumbrie et les Saxons dans le Wessex. Ces derniers, vainquant une coalition de roitelets celtes à Dyrham, près de Bath en 577, purent mettre la main sur les trois anciennes cités de Bath, Gloucester et Cirencester et s'ouvrirent, de la sorte, une fenêtre sur le Bristol Channel, isolant du coup la Cornouailles du Pays de Galles. Au tournant du VIème et du VIIème siècle, les Angles atteignirent pour leur part la mer d'Irlande, séparant l'Ecosse du reste de la Bretagne.

Des Bretons libres, pour ce qu'il en restait sur les terres conquises, le Moine Gildas raconte, dans ses écrits, qu'ils étaient soit capturés et massacrés, soit que, l'esprit ravagé par les privations imposées par les conquérants, ils s'offraient à eux en esclavage, ou fuyaient pour la Bretagne continentale. La réalité, d'après les études historiques, est que les survivants ont fui et se sont installés en Galles ou en Cornouailles, préservant de la sorte et jusqu'à nos jours leur identité culturelle. Ceux qui ne fuirent pas furent vite subjugués par les Germains, et, de gré ou de force, voués à être radicalement acculturés. Cette acculturation des éléments celtes a été très rapide, comme en témoigne la rapide acceptation du coutumier et de la langue des vainqueurs.
Dès 600, les Anglo-Saxons imposent leurs codes de lois aux peuples occupés, très souvent également, ils leur imposèrent la religion germanique, bien qu'en quelques endroits le christianisme romain ait survécu (comme en témoignent les vestiges archéologiques des églises primitives Saint-Martin, à Canterbury ou Saint Paul, à Lincoln). Dans les plus hautes strates de la société celte, on marie les filles aux nobles Saxons, afin de pousser plus avant l'acculturation, et dans les couches plus basses, de nombreux germains prennent aussi pour épouse des femmes britonniques (l'inverse n'étant que très rarement arrivé). Malgré ces faits, il faudra attendre le IXème siècle pour que les Celtes accèdent aux même droits que les dominateurs Anglo-Saxons.
Ces lois ségrégationistes n'ont pour seul but que de séparer les celtes et leurs descendants mâles d'accéder aux postes à pouvoir. Au sein des communautés germaniques, les rivalités pour ces postes sont déjà très importantes, et les escarmouches entre clans rivaux ne sont pas rares. A mesure des victoires remportées, par la diplomatie ou les alliances (y compris avec des peuples extérieurs à l'île, comme les nouveaux maîtres de la Gaule, les tout-puissants Francs), certains chefs parviennent à prendre le dessus sur les autres, et des royaumes émergent. L'un des plus connus, grâce à l'archéologie, de ces rois, est Raedwald, roi d'Est-Anglie mort vers 625-627. Bède le présente en effet comme l'un des premiers rois Anglo-Saxons à être titulaire d'un Imperium, c-à-d une autorité dépassant les limites de son propre peuple rayonnant sur tous les petits royaumes au sud de la rivière Humber. L'examen de la nécropole de Sutton Hoo, où a été inhumé Raedwald dans un navire de 27 mètres de long, permet de mesurer la puissance et la richesse de ce roi, ainsi que la force des liens commerciaux et diplomatiques qu'il pouvait avoir à l'extérieur. Les éléments du mobilier funéraire de la sépulture sont tous d'une très grande valeur matérielle et proviennent de tout l'occident connu. Ses armes sont de fabrication franque, provenant des ateliers de Gaule rhénane, son casque représente de nombreuses caractéristiques fréquemment observées sur des modèles suédois[2]. On a également retrouvé des plats d'argent byzantins, des cuillers de fabrication grecque, des bijoux provenant de Frise et, pour terminer, un trésor de pièce d'or franques frappées à Limoges.


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Reconstitution du casque de Sutton Hoo. Bien que s'inspirant de la forme du Spangenhelm du Bas-Empire Romain, les plaques ornementales de ce casque sont caractéristiques du style scandinave de l'âge de Vendel


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Boucle de ceinture frisonne retrouvée sur la dépouille du roi Raedwaeld

Pour gagner du pouvoir, comme le feront d'autre rois et comme l'avait déjà fait Clovis chez les Francs, Raedwald s'est fait baptiser. A noter toutefois que sa conversion n'a été, dans les faits, qu'une inclusion du Christ au sein du panthéon germanique qu'il continua de vénérer jusqu'à sa mort. La découverte de Sutton Hoo a démontré l'émergence de royautés puissantes et étendues au sein des terres germaniques de Bretagne, ainsi que leurs liens à l'extérieur. Outre l'Est-Anglie, on sait également que dans le Kent d'autres royautés de ce types existaient, et il est permis par les découvertes archéologiques de supposer que c'est d'ailleurs par des alliances avec ces royaumes que Raedwald avait tissé des liens avec la Gaule franque et la Scandinavie.

A partir de cet instant, grâce à leur imprégnation de modèles politiques continentaux et par l'acceptation de la religion chrétienne, ces royautés prendront en puissance et par un habile jeu d'alliances, de mariages et de guerres, finiront par permettre à un état uni et fort de voir le jour, lequel dominera la Bretagne jusqu'à 1066, quand Guillaume "le Bâtard" de Normandie viendra réclamer par la force des armes ce royaume qui lui était promis et gagnera son surnom de Conquérant.

En savoir plus Modifier

Notes Modifier

  1. cf. : Linguistique
  2. cf. : Heaume de Vendel

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